« Avant la guerre, j’étais un homme » : Hommes et masculinités dans l’est de la RD Congo

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« Avant la guerre, j’étais un homme » : Hommes et masculinités dans l’est de la RD Congo

Résumé analytique

Cet article présente certaines des principales ten- dances identifiées à travers une étude qualitative sur les hommes et les masculinités, menée par HEAL Africa en milieu urbain, semi-urbain et rural, dans la province du Nord–Kivu en 2010 Cette étude porte sur la relation contradictoire entre la masculinité hégémonique idéalisée et les réalités de la vie des hommes, relevée dans la recherche sur l’égalité des sexes menée au niveau international.

Comme le montre cette étude, ces divergences existent aussi dans le contexte Con- golais, donnant lieu à une crise qui a créé des masculinités « défaillantes », dysfonctionnelles et violentes. Se fondant sur ces constats, l’étude met en évidence l’importance, dans le cadre du tra- vail mené sur les VSBG, de politiques de déve- loppement bien intégrées, avec une participation équilibrée des deux sexes. Les hommes et les femmes interrogées ne re- mettent pas en question l’hégémonie masculine mais ils insistent sur le fait qu’un tel privilège va de pair avec le sens des responsabilités. Un « vra homme » dans le sens traditionnel du mot, gagne sa position d’autorité au travers de solides compé- tences de chef de i le non-violent et de sa capacité à produire, à pourvoir aux besoins de la famille et à la protéger. La majorité des femmes renforce ces normes à travers les attentes qu’elles placent dans les hommes. In versement, les hommes de l’est du Congo se situent au croisement entre le pouvoir patriarcal et les contextes difficiles de l’inégalité sociale, de l’emploi précaire, de l’insé- curité et de la guerre. Ces conditions polarisent les rôles en fonction du genre en même temps qu’elles limitent la possibilité de les tenir. C’est au niveau du foyer que le conflit qui en résulte est ressenti le plus fortement. La virilité, le pouvoir masculin et la cohérence sociale sont obtenues à travers la création et la préservation d’une exploitation sur laquelle une famille pourra être élevée. Ces normes n’ont pas changé mal- gré les déplacements de population et les circon- stances économiques qui rendent l’acquisition d’une propriété difficile voire improbable pour beaucoup.

Confrontés à la réalité que les femmes prennent de plus en plus le rôle de soutien de famille, les hommes expriment des sentiments d’humiliation et de perte de valeur personnelle. Par leurs discours et leurs comportements, ils maintiennent cependant que « l’homme doit être le patron », s’accrochant à la domination mascu- line même là où les rôles sont de fait inversés. Au niveau communautaire, le climat général de corruption et d’impunité légale est une pierre d’achoppement importante au plein exercice des responsabilités masculines. La corruption, la fraude et le vol sont devenus des maux chro- niques dans toutes les classes sociales, bien que ceux qui sont les plus durement touchés soient les hommes et les femmes à faibles ressources ou les gens défavorisés d’une façon ou d’une autre. Les institutions de l’Etat sont perçues comme à la fois autorisant et perpétuant la violence et le crime, l’exemple le plus marquant étant le viol et l’extorsion par des membres des forces armées et de la police. Le pouvoir militaire, politique, et économique est souvent détourné par des « hommes forts », tandis que la plupart des autres hommes subissent fréquemment des situations de privation de pouvoir. Comme les hommes Congolais cherchent à imposer la masculinité hégémonique dans des circonstances de pression croissante, il est sai- sissant d’observer à quel point la violence est utilisée quand la masculinité est menacée2 .

Les personnes interrogées établissent un lien direct entre le sentiment d’échec des hommes et les exu- toires malsains pour affirmer leur masculinité, tels que l’abus d’alcool, le comportement irres- ponsable envers sa famille et ses pairs, le manque de productivité et la violence. Ceci touche plus particulièrement les femmes et les enfants, les principales victimes des démonstrations agres- sives de l’autorité masculine.

L’étude révèle aussi combien les concepts d’ordre social changent au sein des commu- nautés, conduisant à un niveau élevé de conflit intergénérationnel et d’aliénation. Les hommes jeunes perdent le contact avec les valeurs tradi- tionnelles, telles que le respect envers les femmes et leurs aînés. Dans leur quête de richesse maté- rielle, de reconnaissance sociale et de pouvoir, les jeunes hommes sont attirés par des « solu- tions expéditives », les rendant particulièrement susceptibles de commettre des actes violents ou nuisibles à l’ordre social. S’il est important de comprendre ces dyna- miques, l’étude insiste sur le fait que l’associa- tion entre masculinité défaillante et masculinité violente ne devrait pas être confondue avec une relation de cause à effet. Bien que les expériences de privation de pouvoir des hommes exacerbent les VSBG, elles ne les engendrent pas.

Si la vio- lence est considérée comme un choix, alors les hommes peuvent être incités à faire des choix différents. Le travail sur les VSBG devrait inté- grer des hommes dans des formations spéciale- ment conçues, leur permettant de mettre fin au système d’hégémonie masculine et de faire des choix de vie plus sains. Malheureusement, les interventions humani- taires pour combattre la VSBG ont largement ex- clu les hommes ou les ont mis en position d’accu- sés, n’ayant apparemment pas conscience que de telles mesures aggravent les relations déjà tendues entre hommes et femmes dans l’est de la RDC. Pratiquement tous les hommes interrogés décla- rent ne pas connaître un seul programme centré sur les attitudes masculines positives. A l’excep- tion des activités organisées par les églises, l’occasion pour les hommes d’être en contact avec des programmes et des campagnes de sensibilisation qui traitent directement de la masculinité, et d’une façon constructive, est quasi inexistante. Les personnes interrogées expriment leur be- soin de compétences pratiques, de formation et de micro financement aussi bien que d’éduca- tion civique pour leur permettre de se protéger contre les injustices. Les campagnes de sensibili- sation du public à l’égalité des sexes ne sont pas considérées comme ei caces, alors que les débats de type barza sont favorisés.

Au sein de ces lieux familiers, propices à l’éducation par les pairs, les hommes peuvent discuter de leurs expériences et de leurs difficultés dans un espace protégé. Les hommes interrogés ont aussi exprimé le be- soin d’assistance psychosociale pour faire face au traumatisme et à la violence endurés. Se basant sur les résultats décrits plus haut, HEAL Africa plaide pour une transformation radicale de la politique humanitaire liée aux VSBG. Pour réduire la discrimination et la vio- lence subies par les femmes, il faut examiner les causes diverses de ces mauvais traitements, en incluant les motivations de leurs auteurs da la même façon que le contexte plus large de la vio- lence dans l’est de la RDC. Ceci nécessite une meilleure compréhension de la construction sociale du genre dans tout l’est de la RDC et de l’impact des programmes axés sur les femmes. L’étude menée conclut que les réponses du pro- gramme aux VSBG devraient inclure les besoins des hommes et permettre aux communautés de connaître et de protéger les droits de tous leurs membres.

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